Le cinéma et l'audiovisuel à l'heure du coronavirus

Femme allongée sur un canapé mangeant du pop corn avec une télécommande à la main

La question qu'a toujours posée le cinéma est celle de son rapport au réel. Avec ce coronavirus, pour la première fois, le langage universel de l'image rencontre de façon soudaine et brutale, la mondialisation. Nous voilà désormais confinés chez nous, où le nombre de fenêtres donnant sur la rue ou le paysage, peut très vite se transformer en beaucoup de fenêtres ouvertes sur le monde.

Pour le secteur du 7e art et de ses prolongements, plusieurs interrogations se présentent :

  • L'immédiateté et la diversité des écrans domestiques seront-elles suffisantes pour se substituer à  la communion des spectateurs réunis dans une salle de cinéma ? Et surtout, est-ce souhaitable ? Autrement dit, allons-nous prendre le pli d'une consommation casanière et en repli, ou aurons-nous à nouveau la possibilité de redevenir un animal sociable ayant besoin de vivre en société ? Et où le plaisir de partager ensemble la découverte, non pas d'un récit, mais d'un point de vue original avec une émotion, sera plus fort que tout ?
  • L'Union Européenne a montré avec le RGPD (Règlement général sur la protection des données), adopté en 2016, qu'avoir une ambition stratégique publique face aux plateformes privées, était possible. Mais désormais, peut-on aller plus loin ? Comment va évoluer par exemple la présence désormais incontournable de Netflix dans notre paysage audiovisuel ? Alors que s'ouvre cette période d'expectative où le sanitaire devient prioritaire sur tout le reste, que vont devenir la plateforme Salto, la chronologie des médias et le projet de loi "Relatif à la communication audiovisuelle et à la souveraineté culturelle à l'ère du numérique" ?
  • Les nouveaux opérateurs vont-ils tous davantage participer au financement des œuvres ? Et comment faire pour que cette nouvelle répartition économique et sociale, bénéficie à l'ensemble des secteurs de nos différentes filières cinématographiques et audiovisuelles ?
  • Le droit moral des auteurs y sera-t-il préservé ? Voire amélioré ?
  • Certes, cela ne peut pas se réduire à une bataille de géopolitique industrielle pour savoir par exemple si l'ANSSI (l'Agence nationale de sécurité des systèmes d'information) accordera son feu vert à Huawei pour l'utilisation des fréquences à destination de la 5G, mais cela sera à observer attentivement... Restons donc vigilants et attentifs aux calendriers à venir !

Le réalisateur Luc Béraud a raison de dire que "le cinéma comme tous les arts du spectacle, répond au principe de l'offre et non pas à celui de la demande." Parce que c'est aux créateurs et aux professionnels de l'image de s'imposer comme force de proposition. Profitons donc de cette période inédite, pour transformer l'inconvénient en avantage, en essayant donc de revenir à ce qui est essentiel en s'allégeant du superflu, très présent dans le digital... Digital qui toutefois offre de nouvelles façons de partager et de transmettre, sans forcément toutefois passer par une logique d'addiction. Nous pouvons nous féliciter que la chaine dédiée aux plus jeunes, France 4, a toujours eu cette vigilance... Confinement oblige : elle en est désormais un symbole et un exemple...

La force et l'utilité sociale du cinéma, c'est son pouvoir d'évasion, particulièrement précieux dans ce moment inimaginable et pourtant réel !

À lire : Tribune – « La souveraineté culturelle passe par le cinéma » par le CA de Société civile des Auteurs Réalisateurs Producteurs (ARP).

 

Éducation à l'image

Partout sur internet des œuvres attendent d'être vues. Il suffit d'une prise et d'un cordon HDMI pour relier son ordinateur à un grand écran de télévision et profiter de tous les films qu'on aura judicieusement choisis dans les nombreuses propositions parmi lesquelles :

  • le festival à la maison, tous les jours des idées de films, podcasts, livres, ateliers pour les enfants pendant le confinement ;
  • les carnets d'activités proposées par les Centre d'entraînement aux méthodes d'éducation active (CEMEA).

Pour aller plus loin, réfléchir et prendre le pouls des actions publiques menées dans le domaine de l'éducation aux images, on pourra se rendre sur le site national des Pôles d'éducation aux images, ou sur les sites de quelques pôles régionaux d'éducation à l'image :

En ligne aussi, le livre décisif sur l'éducation à l'image de Jean-Paul Chavent, ex-chargé du pôle d'éducation à l'image Les Yeux Verts à Brive, "Éveil du regard ou dressage de l'œil ?" :

La fabrication des images est la plus ancienne et la plus éternelle des activités humaines. On ne peut vivre sans images. L’image est notre lien magique et mimétique avec le monde, notre moyen de le connaître. Or que nous arrive-t-il, aujourd’hui, avec les images ? Ce petit ouvrage se propose de voir de quoi l’image, manipulée par le marché des techniques et des flux, avec la complicité de notre propre désir, est devenue l’instrument ; ce qu’elle produit en nous et comment cela modifie en retour notre société et, à l’école, les conditions d’une pédagogie.

Enfin, quelques offres de formations audiovisuelles en temps de confinement :

 

Production

Partout en France et dans le monde, les tournages ont stoppé net : les assureurs n'assurent plus ! Les producteurs font davantage de "développement" en attendant un signe des distributeurs et autres diffuseurs. Les intermittents du spectacle sont encore sous le choc, certains d'entre eux devraient être aidés par le décret n° 2020-425 publié le 14 avril 2020. Les professionnels du secteur déplorent toutefois ne pas encore avoir pas toutes les réponses attendues…
Dans l'animation, l'adaptation au télétravail était déjà en cours depuis les grèves perlées de la SNCF. Et même si demeurent des problèmes de logiciel et de sauvegarde de données (surtout pour la 3D), de nombreux techniciens ont repris l'habitude de ramener leurs outils (cintiq) et leur travail à domicile.

Nos amis Britanniques, toujours aussi  réactifs qu'isolationnistes, viennent de lancer un concours de séries courtes, réservé aux résidents du Royaume-Uni, totalement adapté à la situation ! Mais nos diffuseurs ne devraient-il pas faire de même ?

Le Pôle image Magelis d’Angoulême poursuit sa mission de soutien aux acteurs de l'image et  intensifie la mise en avant de productions, talents et initiatives du secteur de l’animation dans sa newsletter ainsi que sur ses réseaux sociaux.

Pour aller plus loin :

 

Diffusion

La salle de cinéma

Depuis le 30 mars, c'est plus de 100 établissements cinématographiques qui ont désormais leur offre de VOD en ligne, soit plus de 35 plateformes qui ont été créés pour conserver un lien avec le spectateur. Le cinéma de la Cité Internationale de la bande dessinée à Angoulême a, par exemple, proposé une séance de e-cinéma géolocalisé le 8 avril. Cette séance a permis aux internautes situés dans un rayon de 30km autour de la salle de visionner le documentaire "Les Grands Voisins" de Bastien Simon pour 5 euros. Comme lors d’une projection traditionnelle, les recettes de cette projection ont été partagées entre la salle et le distributeur. Ce modèle est une piste intéressante alors que le CNC a voté un raccourcissement  temporaire des délais de sortie des nouveautés sur les plateformes de VOD. Une décision qui déséquilibre la « chronologie des médias » habituelle, comme l'indique l’article « Cinéma : le confinement autorise les sorties des nouveautés en VOD »  du Figaro.

Outre la coordination de l'association CINA pour les exploitants indépendants de Nouvelle-Aquitaine, des initiatives ont lieu, celle d'un exploitant de la Creuse qui démontre bien le lien social qu'est la gestion d'une salle de cinéma dans le monde rural. Le cinéma Le Sénéchal de Guéret propose au public de reproduire des scènes cultes de cinéma à la maison.

À l’image de la société Senso film de La Rochelle, certains producteurs néo-aquitains proposent un accès libre en ligne de leurs films durant le confinement.

Là comme ailleurs, les initiatives résilientes seront les bienvenues : va-t-on voir ré-ouvrir des " drive-in " des années 60 ? L'avenir de l'exploitation cinématographique sera-t-il, au sein de sa propre voiture, où l'on découvrira le film que l'on attendait tant, enfin sorti mercredi dernier ? Le Lux, cinéma d'art et d'essai de Caen commence a sérieusement envisager cette possibilité. Les exploitants offriront-ils à leurs spectateurs des masques arborant le plus beau sourire de Marilyn Monroe ou la plus belle barbe d'Orson Welles ou de Johnny Depp, pour les remercier de leur retour ? " Retour de la star et du spectateur !

 

Les festivals

Dans l’impossibilité d’organiser des manifestations sur le terrain, les festivals doivent s’adapter. Ainsi, pour éviter l’annulation pure et simple de son édition 2020, le Sunny Side of the Doc de La Rochelle s’est inspiré du festival Séries Mania de Lille et met en place une édition connectée qui se tiendra en juin prochain. L’évènement national "La fête du court métrage", avait également opté pour cette solution pour son édition de mars 2020. Cette option a su trouver son public, puisque 73 500 téléchargements ont été enregistrés, dont 4 500 en Nouvelle-Aquitaine, avec environ 400 écoles primaires de la région, d’après le responsable régional de Nouvelle-Aquitaine.

Le festival du nouveau cinéma de Montréal met également en place une initiative "spéciale confinement". Il propose de découvrir des films sélectionnés lors des éditions précédentes, ces films sont à retrouver de manière gratuite ou payante selon les plateformes de diffusion. La prochaine édition du festival étant prévue pour octobre 2020, elle ne semble pas compromise pour le moment, cette opération pourrait donc davantage s’apparenter à une action de communication bien sentie, plutôt qu’une opération nécessaire à la survie du festival.

Puisque le confinement peut-être également une source d’inspiration, certaines initiatives naissent de cette situation. L’association Festiv’art a ainsi lancé sa battle de courts métrages confinement. Le principe ? « Un film à faire chez soi, avec les moyens du bord », plusieurs prix distingueront les meilleurs films.

Le festival Cinéma du réel s’est associé à Mediapart pour proposer en intégralité treize films de la sélection Première fenêtre, consacrée aux premières œuvres de jeunes auteurs.

Le site Carrefour des festivals, animé avec passion par Antoine Leclerc, sera ressource pour suivre l’actualité des festivals de cinéma en France durant toute cette période.

Le site de l'ACID (Association pour le cinéma indépendant et sa diffusion ) propose deux fois par semaine d'aborder une question de cinéma à partir d'un film à revoir en VOD suivi de la captation d'un entretien réalisé par l'ACID avec le réalisateur et un spécialiste de la question traitée avec des extraits d'autres films.

 

Les cinémathèques
Cette période peut-être propice pour la découverte du patrimoine cinématographique via les cinémathèques, nous vous proposons en particulier :


Les TV et autres plateformes

Bien qu’existants depuis plusieurs années, les services en ligne des chaînes de télévision, tels que francetelevisions.fr et art.tv semblent gagner en visibilité en cette période de confinement. Leurs programmes d’information et leurs programmes culturels ont été particulièrement mis en avant.

D’autres, nouvelles arrivantes, semblent réussir leur entrée sur le marché, nous pensons à la
plateforme des 3-12 ans, Okoo, et Lunmi, la nouvelle plateforme éducative. Sans oublier la très médiatique plateforme Disney + qui a fait frémir les fournisseurs d’accès internet, craignant une saturation des réseaux à sa sortie.

La chaîne régionale NoA met en œuvre l’initiative « Ma vie en confinement » pour conserver, voire renforcer, le lien avec ses téléspectateurs. Elle leur propose de partager leur quotidien de confinés en vidéo diffusées du lundi au vendredi à 20h.

Pour aller plus loin :

 

Les aides pour la filière cinéma et audiovisuel

ALCA en Nouvelle-Aquitaine propose un récapitulatif des aides dédiées aux acteurs du secteur cinéma et audiovisuel : 

L’association des Auteurs de l’Image et du Son en région Nouvelle-Aquitaine (NAAIS) mène également une veille sur les dispositifs d’aide existants pour faire face à la crise.