Musiques et confinement

Le secteur musical a été l’un des premiers à être touché par l’avènement du numérique dans le milieu culturel, ce qui l’a amené à rapidement initier sa transformation numérique. Si l’apparition des formats numériques a d’abord contraint les éditeurs de disques à revoir leur modèle de diffusion, la transformation du secteur a été bien plus vaste que cela, transformant les pratiques de diffusion mais aussi de création, production, etc.


En ces temps de confinement, le numérique semble avoir pris encore plus d’importance dans notre quotidien, rendant davantage visibles des initiatives numériques dans le secteur musical ou permettant d’en créer de nouvelles. La multiplication de contenus musicaux créés depuis le confinement semble vouloir compenser la fermeture des lieux de diffusion. Ces contenus répondent-ils uniquement à un enjeu de visibilité pour les artistes ?


Face à une telle diffusion de contenus gratuits, la question de la répartition de la valeur de la diffusion de la musicale revient également sur le devant de la scène. La répartition des revenus au sein de la filière musicale est toujours un enjeu d’actualité, le numérique n’ayant jusqu’à ce jour pas favorisé les artistes et les structures indépendantes. Cependant une réflexion et des projets sont menés depuis plusieurs années, notamment en Nouvelle-Aquitaine, pour repenser le numérique au sein de cette filière et pourquoi pas permettre une répartition des revenus plus “juste” entre les différents acteurs de la filière musicale et les acteurs du numérique.

Salle de musique avec des instruments mais sans présence humaine

Concerts en ligne

Bien que la crise sanitaire ait privé les artistes et musiciens de scènes et salles de spectacle, ces derniers continuent dans des conditions forcément plus acoustiques, de jouer grâce aux moyens de diffusion numérique. Le phénomène n’est pas nouveau mais il s’est largement amplifié depuis le confinement, ainsi, de nombreux “live” fleurissent actuellement sur les réseaux sociaux. Réseaux permettant une mise en place technique de directs très facilement et sur lesquels se trouve une grande partie du public, public potentiellement très disponible en cette période de confinement.
Certains artistes en profitent d’ailleurs pour promouvoir une sortie d’album : la chanteuse Christine and the Queens propose tous les jours des mini concerts sur son compte Instagram. Il en est de même pour l’artiste néo-aquitaine Emeline Marceau ayant sorti l’album de son projet solo “Roseland” en plein confinement et dont le concert est à présent disponible sur Youtube. Cette présence semble leur garantir une certaine visibilité auprès de leur public en cette période où l’espace médiatique est largement occupé par la Covid-19.
Toujours en Nouvelle-Aquitaine, de nombreux concerts, tous styles confondus, sont proposés. Pour n’en citer que quelques-uns, remarquons pour les adeptes de la musique classique, le Festival 1001 notes en Limousin qui propose un concert en ligne gratuit en direct tous les jeudis. Le duo bordelais Obsimo émet également tous les jeudis un DJ set vijng. Il est ainsi possible de découvrir de nouveaux artistes en live depuis chez soi, avant de les retrouver en chair et en os sur scène.


Certains opérateurs tentent également de diffuser une ambiance festivalière en cette période si particulière. Ainsi, des festivals sont à présent à retrouver en direct et en ligne, soit sur les réseaux sociaux (Facebook, Youtube…) soit via des plateformes dédiées. La première édition du festival Je reste à la maison du 1er au 7 avril a rassemblé des milliers de spectateurs sur Facebook. D’autres structures choisissent de ne pas utiliser les services du géant américain pour mettre en place leur festival. Ainsi, Le Florida, scène de musiques actuelles d’Agen, a organisé une nouvelle édition du “festival de concerts au casque, Le Placard”, concept initié en 1998 et déjà expérimenté à deux reprises par le Florida.


Au delà du direct, des médias et structures invitent les internautes à (re)découvrir des concerts passés. Arte Concert propose gratuitement un très vaste catalogue en ligne de concerts enregistrés. Pour répondre à l’appel du Ministère de la Culture avec l’opération #CultureChezNous, les opéras nationaux de Paris et Bordeaux diffusent des œuvres du répertoire classique et lyrique. Le programme de diffusion de l’Opéra de Paris est à retrouver directement sur son site, l’Opéra de Bordeaux diffusera les œuvres sur sa page Facebook. L'Opéra de Limoges propose sur sa chaîne Youtube plusieurs spectacles en intégralité ainsi que des vidéos pour découvrir ses coulisses. L’OARA, Office Artistique de la Région Nouvelle-Aquitaine, diffusera, entre autres, une captation du concert "Silence was pleased" de Didier Lasserre le 7 avril et le concert "Que Vola?" de Fidel Fourneyron le 10 avril. Ces captations, ainsi que plusieurs autres, sont à retrouver sur la page Facebook de l’agence.

Projets participatifs et collaboratifs

Certains artistes et structures mettent à profit leur baisse d'activité pour prendre le temps de collaborer autour de nouveaux projets, débattre et éventuellement repenser leur modèle. La scène de musiques actuelles Des Lendemains Qui Chantent à Tulle a mis en ligne un “espace réflexif pour dialoguer, échanger, inventer des nouveaux projets et peut-être une nouvelle place de la culture dans notre monde.” On y interroge par exemple les modes de prises de décision d’une association ou encore les besoins des musiciens sur le territoire.


Le musicien Taur, quant à lui, met à profit cette période pour travailler en collaboration avec d’autres musiciens à travers le projet 40. Véritable cadavre exquis musical, ce projet ambitionne de rassembler 40 artistes pour créer une quarantaine de minutes de musique, chaque artiste proposant des successions de notes d'instruments ou de voix que Taur centralise et met en forme.

Musique dématérialisée

La démocratisation du mp3 et autres formats permettant la diffusion de musique dématérialisée a largement contribué à la mutation du secteur musical. Depuis plusieurs années le secteur connaît une hausse de l’écoute de musique en ligne et une baisse des ventes de supports physiques. Cependant, contre toute attente, la consommation de musique en streaming a diminué depuis le début du confinement sur les plateformes leaders (Spotify et Deezer), et ce dans l’ensemble des pays confinés. Comme l'expliquent le magazine tsugi et le Huffington Post, Le changement de rythme de vie des utilisateurs en est la cause principale : habituellement les temps de transports sont les périodes de grande écoute, la diminution des déplacements a donc touché le streaming musical.

Privé de concerts et d’une partie des ventes de supports physiques, ce n’est pas l’écoute en streaming qui sauvera la filière musicale en cette période. Plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour recueillir des fonds pour le secteur. Ainsi, Spotify s’est associé au Centre National de la musique pour mettre en place un fonds de secours pour venir en aide du secteur. Le site Bandcamp a quant à lui reversé l’intégralité de ses recettes de ventes du 20 mars, soit près de 4 millions d’euros, aux artistes.
Le label indépendant bordelais Talitres invite les consommateurs à soutenir les indépendants de la musique et à profiter de cette période pour consommer plus local et être curieux ; pour cela le label propose de découvrir sa playlist d’avril. De son côté, le réseau des indépendants de la musique de Nouvelle-Aquitaine (RIM), publie chaque saison “La compil du RIM” à écouter en ligne ou télécharger, pour découvrir des artistes régionaux.

Musiques traditionnelles et patrimoine musical

Vous pourriez avoir envie de découvrir le patrimoine musical de votre territoire, pourquoi ne pas vous plonger dans l’espace de ressources en ligne du Centre régional des musiques traditionnelles en Limousin. En plus des archives sonores et portraits de musiciens nous vous invitons à découvrir le webdocumentaire consacré au violon populaire du Massif-Central. Pour faire connaissance avec les musiques traditionnelles poitevines et le groupe Chaï regardez le documentaire éponyme réalisé par Laëtitia Carton.

Pour les amateurs de musiques amplifiées, la salle de concert Des Lendemains Qui Chantent propose en ligne le site Mémoires électriques ; résultat d’un “travail de recherches, de collecte et d'archivage de la mémoire des acteurs qui ont participé à l’émergence des musiques amplifiées en Corrèze”.

Pratique musicale

Cette période est l’occasion pour certains de commencer ou approfondir leur pratique musicale et élargir leur culture musicale. Si les tutos Youtube pour apprendre à jouer de la guitare sont aujourd’hui bien connus, certaines plateformes d’apprentissage en ligne tentent de tirer leur épingle du jeu et gagner en visibilité. Ainsi, à l’international, la marque Fender ambitionne de conquérir de nouveaux clients en offrant 3 mois d’essai sur sa plateforme d’apprentissage Fender Play. Il est également possible de se former via la plateforme nationale Fun MOOC qui rend accessible quelques moocs en lien avec la création musicale. Bien que les écoles de musique soient fermées, certaines, à l’image de l’école Rock & Chanson de Talence, proposent à leurs élèves de poursuivre leur apprentissage via des cours à distance, toujours accompagnés de professeurs.
Le réseau Canopé propose quant à lui, depuis 3 saisons « Les enfants de la Zique », un ensemble de ressources pédagogiques permettant de comprendre et s’approprier l’œuvre d’un artiste de la scène francophone.

Du fait de la dématérialisation, la source principale de revenus des musiciens et musiciennes est aujourd’hui la billetterie de concerts et les cachets des lieux de diffusion, cette crise sanitaire affecte donc tout particulièrement le secteur. Afin de soutenir les artistes locaux le RIM, réseau des indépendants de la musique de Nouvelle-Aquitaine, propose « 11 commandements pour un confinement musical utile et agréable ». Également dans le cadre de la crise sanitaire, le RIM effectue actuellement une veille spéciale pour la filière musicale à retrouver sur son site.